newsMarkets Team9 mars 2026

Mojtaba Khamenei nommé guide suprême de l'Iran alors que la guerre bouleverse les marchés de l'énergie

Une succession dynastique sous le feu des critiques…

iranmiddle-eastoilgeopoliticsenergysupreme-leaderwar

Une succession dynastique sous le feu des critiques

L'Assemblée des experts iraniens a officiellement nommé, le 8 mars, Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei, décédé depuis, au poste de troisième guide suprême de la République islamique. Cette nomination fait suite à l'assassinat de l'ayatollah Khamenei le 28 février, lors d'une frappe conjointe américano-israélienne qui a coûté la vie à une quarantaine de hauts responsables iraniens, dont des membres de sa famille.

Cette désignation est sans précédent dans les 47 ans d'histoire de la République islamique : le pouvoir est ainsi passé au sein d'une seule famille, rappelant la monarchie Pahlavi renversée par la révolution de 1979. Mojtaba Khamenei n'a jamais occupé de fonction élective. Ce religieux de rang intermédiaire a longtemps exercé une influence considérable, celle que les câbles diplomatiques américains ont qualifiée de « pouvoir caché », cultivant des liens étroits avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) depuis le cabinet de son père.

Déroulement de la nomination

Conformément à la Constitution iranienne, un Conseil des dirigeants composé de trois personnes – le président Massoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et le haut dignitaire religieux Alireza Arafi – a assumé l'autorité intérimaire après le décès du patriarche Khamenei. L'Assemblée des experts s'est ensuite réunie en ligne le 3 mars, dans un climat que ses membres ont décrit comme une forte pression des Gardiens de la révolution. Selon certaines sources, le temps de parole des voix dissidentes a été limité avant le vote.

Ce processus soulève des questions quant à la légitimité de la nomination. Mojtaba ne possède pas les qualifications religieuses généralement requises ; l'Assemblée aurait dû l'élever au rang de grand ayatollah, malgré son grade subalterne au séminaire.

La consolidation du pouvoir par la droite compromet les perspectives de négociation

Pour les marchés, le message est clair : les factions radicales conservent fermement le contrôle de l'appareil décisionnel de Téhéran. L'accession au pouvoir de Mojtaba Khamenei, soutenue par les Gardiens de la révolution, laisse présager un faible intérêt pour une issue diplomatique, contrairement à ce qu'espéraient certains investisseurs pour endiguer le conflit. La guerre entre dans sa deuxième semaine et aucun cessez-le-feu n'est en vue.

La réaction internationale est polarisée. Washington a clairement indiqué qu'il ne reconnaissait pas cette nomination : le président Trump a déclaré que tout nouveau dirigeant aurait besoin de l'approbation des États-Unis et a averti qu'il « ne ferait pas long feu » autrement. L'armée israélienne a explicitement menacé de cibler tout successeur. Parallèlement, la Russie a promis son soutien au nouveau dirigeant et la Chine s'est opposée à toute attaque contre lui.

Marchés de l'énergie en crise

Le choc géopolitique se répercute avec une force extraordinaire sur les marchés des matières premières. Le conflit iranien a perturbé environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole transitant par le détroit d'Ormuz, soit plus du double du précédent record établi lors de la crise de Suez de 1956.

| Indice de référence | Niveau actuel | Variation depuis le 28 février |

|-----------|--------------|---------------------|

| Pétrole brut Brent | ~102 $/baril | +45 % |

| Pétrole brut WTI | ~98 $/baril | +40 % |

| Essence américaine (moyenne) | 3,45 $/gal | +15 % |

Le pétrole brut Brent a franchi la barre des 100 $ le baril pour la première fois depuis 2022, avec des pics nocturnes à près de 120 $. L'Iran a menacé d'attaquer tout pétrolier traversant le détroit d'Ormuz, par lequel transite quotidiennement un cinquième du pétrole mondial. Le Qatar a invoqué la force majeure sur ses exportations de gaz suite aux frappes de drones iraniens, et le terminal de Ras Tanura de Saudi Aramco – l'un des plus grands terminaux d'exportation de pétrole brut au monde – est à l'arrêt.

Les analystes préviennent que si les voies de navigation d'Ormuz restent fermées, le pétrole pourrait atteindre 150 $ le baril d'ici la fin du mois.

Conséquences plus larges sur les marchés

Les marchés actions réévaluent fortement le risque. Les indices asiatiques ont débuté la semaine en forte baisse : le Nikkei 225 japonais a chuté de plus de 5 % et le KOSPI sud-coréen de 6 %. La combinaison d’un choc d’approvisionnement énergétique et d’une transition politique annonciatrice d’un conflit prolongé contraint les principales économies à réévaluer leurs anticipations d’inflation, les trajectoires des taux directeurs des banques centrales et les probabilités de récession.

La Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, tous fortement dépendants des importations de pétrole du Golfe, sont les plus exposés. Les prix du gaz naturel en Europe sont également sous pression en raison des perturbations des exportations qataries.

À surveiller

Les prochains jours seront cruciaux sur plusieurs fronts. La capacité du nouveau guide suprême à consolider son autorité et à exercer un contrôle sur la riposte militaire iranienne, encore fragmentée, déterminera l’évolution du conflit. Sur le plan énergétique, la situation du trafic maritime dans le canal d’Ormuz et le rythme des déblocages éventuels des réserves stratégiques du G7 détermineront si le prix du pétrole se stabilise autour de 100 $ ou s’il atteint les 150 $.

Pour les investisseurs, il s'agit d'un changement de régime qui s'ajoute à la plus importante perturbation de l'approvisionnement pétrolier depuis des décennies. La composition des portefeuilles doit tenir compte de la volatilité prolongée des valeurs énergétiques, des actions du secteur de la défense et des devises des marchés émergents les plus exposés aux coûts des importations de pétrole.

Point clé : La succession de Khamenei consolide le pouvoir des conservateurs à Téhéran et réduit la probabilité de négociations à court terme. Avec 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole perturbé et des prix supérieurs à 100 dollars, les canaux de transmission économique du conflit — inflation, croissance et politique monétaire — sont désormais au cœur des préoccupations des marchés mondiaux.

Source: Reuters
Mojtaba Khamenei nommé guide suprême de l'Iran alors que la...